À Coeur Vaillant...

20.10.2017

Écrit par

 

 

À l’été 2013, alors que nous n'étions pas encore mariés, nous avons décidé de concrétiser un vieux rêve de gosse : louer un Volkswagen combi et partir, le nez au vent. Mais nous ne savions pas à quel point cette toute petite semaine allait définitivement nous changer. Depuis, l’envie de tout plaquer et tailler la route nous taraude sans cesse, nos sentiments oscillant entre "fantasme inaccessible" et "peur de se lancer".

 

Il nous aura fallu quatre ans pour mûrir cette réflexion et finalement, nous décider. Aujourd’hui, toutes les conditions semblent enfin réunies pour partir à l’aventure dans notre propre van ! Yeeeeehaaaaaaaa !!!! Mais il est clair que c’est “Coeur Vaillant”, ce vieux combi, qui a été le déclencheur. Voilà le récit que j’avais fait au retour de cette semaine. Je crois qu’il donne quelques arguments à notre projet ;)

 

 

JOUR 1

Je me doute que la conduite va être différente de tout ce que je connais. Je sens d’ailleurs monter un petit stress tout à fait inhabituel à l’idée de prendre la route, mêlé à une certaine excitation d’enfin faire le trip d’une semaine avec ma chérie, dans un vénérable combi de 1969.

 

On charge. On monte à bord après quelques explications peu rassurantes quant à la quantité d’huile que ça engloutit, quant aux freins qui chauffent et tirent à gauche, et aux vitesses « parfois difficiles ». Et on y est. Clé tournée d’un quart de tour. Les voyants s’affolent, les aiguilles des compteurs se dressent, et dans un râlement inconnu jusqu’alors, le moteur balance un « peuth ! peuth ! peuth ! » caractéristique qui sera notre quotidien pendant 7 jours.

 

Allez on y va…embrayage à fond…première…putain, j’suis en première là ?...je lâche doucement la pédale et balance un peu de puissance, on va bien voir…et le bordel se meut tant bien que mal. Nous voilà partis !

Premiers kilomètres en Provence. On a prévu de faire environ 100 bornes en direction du Verdon aujourd’hui. C’est peu. Mais énorme en réalité ! Car cette machine s’avère infernale à conduire. La direction joue à colin-maillard. Les freins…mais y a des freins là-dessus ??!! Ah oui, au bout d’un moment quand tu enfonces le pied comme un malade, ça freine. Mais quand ça freine, faut s’accrocher ! Notre combi tire tellement à gauche qu’il faut contre-braquer pour ne pas quitter la route ! Quant aux vitesses, elles semblent issues d’une émission de télé-réalité genre « The Vitesses : réussira-t-il à les passer ? ». Ça craque, ça grince, ça couine…

 

Non franchement, je m’attendais à une prise en main pas simple mais là, c’est carrément sévère ! Je suis crispé comme jamais. Les routes du Verdon avec ce machin ? Je ne rigole pas du tout. Aucun plaisir. Les premiers kilomètres sont une torture pour moi…et pour le vieux Volkswagen.

Deux heures plus tard - et la certitude que plus jamais nous ne reprendrons l’autoroute avec lui - nous atteignons péniblement Gréoux les Bains, à 75 km de notre point de départ. Je parque l’engin et nous descendons du véhicule. J’en fais le tour, heureux de nous voir encore en vie, mais je garde le visage fermé. Je sais que je vais devoir le conduire à nouveau. Clairement, entre le van et moi, rien ne va plus. Le divorce semble consommé. Mais qu’est-ce qui m’a pris de louer un truc pareil ? Masochisme inavoué ? Si c’est ça pendant une semaine, ça va pas le faire du tout !

 

 

Malgré tout, poussé par les encouragements de ma belle, j’essaie de positiver. Après tout c’est « fun ». Mouais… Les gens nous regardent avec tendresse (à part les fous de la route qui ne supportent pas notre lenteur). Et c’est vrai qu’il est super beau. Allez…le rosé est bien tenu au frais dans le petit frigo, y a une table, des chaises…l’endroit est joli…c’est les vacances, c’est l’été…et il faut reconnaître que l’aménagement du van est très bien pensé pour l’âge de sa conception (modèle camping car bien sûr).

 

En mode dodo, il s’avère même confortable et agréable. Mais malgré ces points positifs, le freinage m’obsède. Pas normal que ça tire autant à gauche. J’en ai des sueurs froides et le sommeil tarde à venir. Je me demande même s’il ne faut pas retourner chez le loueur, saboter nos vacances mais nous assurer de ne pas tomber dans le ravin au prochain virage en épingle. On verra demain comment ça se passe. Si c’est toujours aussi compliqué, retour à la case départ…

 

 

JOUR 4

Le soleil déjà haut et brûlant nous force à émerger. On est tellement bien dans notre cabine. On se croirait dans un bateau. C’est devenu notre cocon, notre petite maison sur roues. On a laissé derrière nous les routes du Verdon et l’idée de retourner chez le loueur. Nous séjournons désormais dans le Luberon. Rien n’a été réservé nulle part. On se laisse aller à nos envies, au gré du vent. Liberté totale. Enivrante.

Ce matin, on reprend la route vers l’Ouest. On s’arrêtera là où ça nous plaira !

 

 

 

 

En quelques minutes, nous changeons l’ergonomie du combi pour passer du mode couchettes au mode voyage. Je repense à la première journée, sourire en coin. Tout est tellement différent ! Je suis à l’aise à son volant depuis quelques jours. En fait, il fait ce qu’il peut ce pépère et il est clair qu’il donne tout ce qu’il a. Généreux à tous points de vue.

Oui c’est vrai, la direction craque et reste aussi précise que les prévisions météo. Oui, les vitesses sont capricieuses et pour rétrograder de la troisième à la seconde, il me faut parfois essayer 5 fois de suite. Mais toujours au bout d’un moment, ça passe ! Et oui, dans les montées il est à la peine. Et oui, oui, oui, il freine de façon décalée. Mais maintenant, je sais doser tout ça. Il m’a appris comment faire au fil des kilomètres qu’on a avalés ensemble. Il me « parle » et je prends le temps de comprendre les bruits qu’il émet pour que tout se passe en douceur.

 

Un combi, ça ne se conduit ni avec les mains ni avec les pieds. Ça se conduit avec le cœur.

 

 

 

Alors il ne reste que le plaisir. Il nous fait découvrir des endroits superbes. Il nous transporte. Il nous héberge. Il nous protège des orages, de la pluie et du vent. Il… Bizarrement, il est devenu une personne. Nous étions deux dans un combi, nous sommes maintenant trois en vadrouille. Ses défauts me semblent plus n’être que les traits de caractère d’un petit bonhomme certes imparfait mais terriblement attachant.

 

Je me surprends, lorsque je le laisse sur un parking pour aller visiter un site touristique, à le regarder comme un animal de compagnie à qui je dirais « tu restes là hein…on revient ! ». Et, lorsqu’au détour d’une ruelle se dessinent sa silhouette et sa bouille si sympathique, on a le sentiment qu’il nous fait la fête en nous voyant revenir (à ce stade, il est utile de préciser que non, le shit n’est pas fourni avec le combi). C’est sûr, ce petit bonhomme a une âme.

Je lui ai trouvé un petit nom qui lui va parfaitement. « Cœur Vaillant ».

Et maintenant on le sait, quitter notre Cœur Vaillant va être difficile…

 

 

JOUR 7

Allez mon petit pote ! On se tape une dernière pointe ! Vas-y donne tout ! Yeeeeehaaaaaa !!! 88 km/h ! C’est bien, t’auras de l’huile dans ton moteur.

 

Nous voilà arrivés au terme de l’aventure. Une semaine, c’est peu. Et en même temps, il s’est passé tellement de choses en une seule petite semaine ! Le maître mot, c’est « émotion ». Clairement, on n’en a pas manqué. Et c’était tout simplement génial. Formidable. Enorme. Le kiff total.

J’y pense…notre Cœur Vaillant date de 1969. Cette même année, Armstrong posait le pied sur la Lune. Eh bien mon gars…immense respect !

 

 

Retour à la vie réelle et aux véhicules actuels. Ils me semblent tous laids. Des genres de Transformers dégueux qui jouent à « qui sera le plus moche ». Au volant de ma voiture habituelle, je reprends mes marques. Tout est très lisse. Insipide. Sans âme.

 

 

Au final, louer un combi comblera tous les amoureux des voyages « sac à dos ». C’est l’aventure ! On ne part pas à deux avec un itinéraire précis et formaté. On se déplace à trois en direction de telle ville, de tel endroit. Et il se passe ce qu’il se passe. On s’arrête n’importe où, le nez au vent. Dans tous les cas le troisième larron, le combi, donnera tout ce qu’il a. Et si par malheur il tombe en panne (ce qui ne nous est pas arrivé avec Cœur Vaillant), il trouvera quand même le moyen d’offrir son toit, son lit, et tout ce qu’il a dans le frigo en attendant que les secours viennent s’occuper de sa jambe cassée ;)

 

PS : notre système de freins à tambours était semble-t-il déréglé. Un coup de clé à mollette et le tour était joué.

 

 

 

 

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