De Mojave à Death Valley

Depuis le Texas, le train est omniprésent. Régulièrement, nous sommes d’ailleurs sur une route qui longe une voie ferrée. Et lorsqu’on serpente sur une de ces artères quasi désertes et que d’un coup un train de quelques 80 wagons (et 5 locomotives) nous dépasse sur le côté dans une lumière rase de fin de journée, nous ressentons quelque chose de magique, comme une alchimie. L’impression d’être au bon endroit au bon moment.


Difficile de ne pas écraser les freins du camping-car et piler net pour sortir l’appareil photo et immortaliser cet instant. Ce n’est qu’un train sur le bord d’une route, me direz-vous. Certes, mais ces trains-là n’ont rien de commun avec les nôtres, pas plus que l’environnement dans lequel ils circulent d’ailleurs. Et aujourd’hui comme les jours précédents, nous en prenons plein les yeux. Cela s’arrêtera-t-il donc un jour ?


Nous venons de pénétrer le désert de Mojave, notre porte d’entrée en Californie. Et à nouveau le spectacle est grandiose, à nouveau tout est réuni pour que ces images restent gravées dans nos mémoires à jamais. Paysage de folie, temps invariablement beau, lumière dorée du soleil.Sur ces routes, on ne croise pas grand monde. Pas plus que d’habitations d’ailleurs. Et de part et d’autre de la chaussée, des Joshua Tree à perte de vue (ces arbres-cactus aux formes biscornues). C’est là qu’il y en a le plus, peut-on lire dans le guide, bien plus que dans le National Park éponyme ! Effectivement, il y en a des milliers. Peut-être des centaines de milliers.


Au bout de la route, un croisement. Personne. Sur notre gauche, un vieux commerce désaffecté (façon Ghost Town) et sa collection de bagnoles plus ou moins anciennes et décrépies. Sur notre droite, la voie ferrée. En face, rien. Enfin si, une forêt de Joshua Tree.Nous prenons à gauche. Notre application (iOverlander) nous indique qu’il y a un spot où passer la nuit à quelques kilomètres de là. Nous y allons sans trop savoir à quoi nous attendre.


Soudain sur la droite, nous dépassons une piste. « Tu crois que c’était là ? », me dit Camille, toute excitée. On stoppe, on fait demi-tour et on va voir. Ours, notre camping-car, s’enfonce vaillamment sur la piste étroite.Et là, après à peine quelques mètres sur le chemin poussiéreux, nous n’en croyons pas nos yeux. La fine route que nous venons d’emprunter a totalement disparu et notre camper navigue tel une embarcation au milieu des Joshua Tree. Ces derniers forment un océan d’arbres-cactus duquel quelques îlots de formations rocheuses émergent par endroits tels la promesse d’une terre divine. Merde, que c’est beau !!!



On saute du véhicule, on fait vite quelques photos car déjà, le jour décline. En guise de voisin, un coyote qui nous fait savoir qu’il apprécie le spectacle, lui aussi. Nuit. Froid glacial. Voie lactée au-dessus de nos têtes. Au petit matin, les vitres du camping-car sont embuées par la douce chaleur qui règne à l’intérieur de notre Ours. Dehors, il fait encore froid, proche de zéro degrés. Mais déjà, le soleil s’invite à la table de notre petit-déjeuner-avec-vue, et réchauffe les arbres tout autour. Nos fenêtres rectangulaires forment comme des écrans 16/9ème avec vision panoramique sur cette nature exubérante. Nous savourons la chance que nous avons.On avale nos tartines en 2-2. En ouvrant la porte du camping-car, trois roadrunners se font la malle. On va vite se balader. Inoubliable.


Ce n’est qu’une fois rassasiés de cette rare beauté que nous reprenons la route en direction de la non moins prometteuse Death Valley. Nous sommes reconnaissants d’avoir pu profiter de ce moment de grâce. En chemin, nous faisons une halte ravitaillement à Baker. Je me demandais plus haut où s’arrêtait la beauté de ce pays ? Eh bien à Baker ! Ce bled sans saveur n’est qu’un carrefour entre Los Angeles et Las Vegas ou pour nous, entre Mojave National Preserve et Death Valley. Juste de quoi faire le plein (malgré le prix délirant des stations service à cet endroit), acheter des litres d’eau et repartir.


À peine Baker commence-t-il à disparaître de nos rétroviseurs que déjà nous roulons en plein désert. La nuit avale rapidement les reliefs et les détails. Je concentre mon regard sur la lueur des phares, espérant ne pas croiser la route d’un quelconque animal suicidaire. Nous ferons une halte salvatrice à Parhump, Nevada.


Le lendemain matin, Death Valley nous ouvre ses portes. Et pour ne pas changer, ce parc national ne manque pas d’arguments, bien au contraire ! Encore une fois, nous sommes subjugués par la diversité des paysages, ainsi que par leur beauté. Ici, nous faisons face au point le plus haut des Etats-Unis (hors Alaska), et au plus bas en même temps (de -86m à Badwater à +4421m pour le Mont Whitney) ! Ici la terre se pare de couleurs dignes d’une palette d’artiste. Ici un désert de sable côtoie une mer de sel tandis qu’au beau milieu, une oasis bordée de palmiers donne naissance aux seuls commerces de la vallée. Furnace Creek (littéralement la crique de la fournaise) ne manque pas d’intérêt d’ailleurs. Ici, nous mitraillons de mille photos avec frénésie, comme pour être sûrs de ne jamais rien oublier.


Nous poussons vers l’Ouest pour rejoindre d’autres environnements prometteurs, Sequoia National Park ou encore Yosemite. Mais pour y parvenir, nous devons contourner le massif montagneux à cause de la neige précoce cette année. Quelques 6 heures de route en plus, excusez du peu. Cette route est perdue en plein désert, entre des montagnes. Au-dessus de nos têtes, comme pour nous divertir l’US Air Force s’entraîne. Des chasseurs-bombardiers se poursuivent en jouant avec les reliefs. Je les suis du regard avec délice. Fut un temps j’étais passionné par les avions. Fut un temps, j’aurais poussé des cris d’indien en les voyant. Là, je suis juste sur-excité. « C’est des F15, chérie, deux F15 Eagle !! Le deuxième le prend en chasse, regarde ! »Puis ils disparaissent.


Notre route se fait rectiligne. Une Nième grande ligne droit qui se perd dans l’horizon. Camille filme avec la GoPro. Soudain, RROOOOOOOAAAAARRRRRRRR !!!! Un quadri-moteur passe au-dessus de nous et surgit dans le pare-brise. Il longe notre route un instant et vire à droite. Je regarde dans le rétroviseur, un deuxième C130 Hercules est en approche, à très basse altitude. Il fonce sur nous. Il passe si près que nous avons le réflexe de baisser la tête ! Le camping car lancé à 80km/h bouge sur son passage et dans le volant, je ressens son souffle. Oh les cons ! Ça devait les amuser de venir frôler notre véhicule esseulé, rare point blanc dans ce désert absolu et uniformément couleur sable.


Là, j’ai poussé des cris d’indien.



Jacacha !

Jacacha comme Janko, Camille, Charlie. Nous sommes un couple et leur petite fille de 2 ans en route pour l'Aventure sur le continent américain.

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